Approchez, Approchez! Venez voir ce cirque infernal qui joue son spectacle dans sa tête, qui tourne encore et encore tel un carrousel sur une place; car c'est bien de cela dont il s'agit: un manège diabolique qui inlassablement tourne et tourne encore. Un manège dont les objets de sa vie valsent dans une succession de hauts et de bas sur une musique lancinante qui ne cesse jamais.
Approchez mesdames et messieurs! Venez découvrir cette valse où le trapéziste n'ose jamais vraiment lâcher prise par peur de manger la poussière. Ce trapéziste trouillard qui se cantonne à des figures sans risque, car la peur est toujours là, lui cramponnant l'estomac, l'empêchant d'aller jusqu'au bout, de lâcher ce morceau de bois qui le rattache à la sécurité. Il craint pour sa vie. Il n'ose pas lâcher sa garantie de vie le temps de quelques secondes, il ne s'aventure pas à mettre en péril sa sûreté, se cantonne à des voltiges minables et sans aucun spectacle. Il a lâché le grandiose pour rester dans la survie, a oublié sa vie pour se borner au médiocre.
Approchez encore, encore plus près. Venez donc voir cette lanceuse de couteau qui n'utilise que des couteaux en plastiques pour ne pas blesser son partenaire. Venez donc voir cette femme qui n'aime pas le risque, qui n'emploie pas de lames froides, qui a peur de ses métaux qui peuvent transpercer le coeur. Elle ferme les yeux pour ne pas voir, juste au cas où la lame de plastique deviendrait lame froide et pénétrante. Juste au cas où la lame de plastique viendrait perforer le coeur de son partenaire. Elle a peur de se couper aussi, peur qu'en lançant ce couteau, son sang coule. Elle craint la douleur. Elle craint les coupures; comme si la coupure qu'elle pourrait se faire serait tout aussi douloureuse que ses innombrables peines de coeur. Elle vise les yeux fermés espérant ne pas rater son coup, elle ne veut pas souffrir encore, alors elle continue de lancer ses couteaux en plastique. Elle continue son spectacle qui n'a rien de spectaculaire.
Approchez vous encore, messieurs dames, de ce cirque banal. Approchez vous sans crainte. Votre coeur ne fera pas de bond dans votre poitrine, vous n'aurez peur de rien, car ici rien n'est effrayant. Regardez, cette dompteuse de fauves mais n'ayez crainte, elle ne dresse que des trigres en peluches, elle a bien trop peur de leurs grandes dents lorsqu'ils sont vivants. Approchez vous de cette dompteuse qui n'a rien d'intrépide et admirer sa lâcheté. Son spectacle ressemble à sa vie, ininterressant et pathétique. Sans aucun risque, où est l'intéret? N'ayez crainte d'être effrayé par le bruit du fouet, elle n'en a pas, elle se sert d'un ruban de satin et ne tremblez pas à l'idée du cerceau enflammé, il n'y en a pas, cela serait bien trop dangereux.
(à suivre)