" Croyez moi Vicomte, on acquiert rarement les qualités dont on peut se passer. Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. Dans cette partie si inégale, notre fortune est de ne pas perdre, et votre malheur de ne pas gagner. Quand je vous accorderais autant de talents qu'à nous, de combien encore ne devrions-nous pas vous surpasser, par la nécessité où nous sommes d'en faire un continuel usage!
Supposons, j'y consens, que vous mettiez autant d'adresse à nous vaincre, que nous à nous défendre ou à céder, vous conviendre au moins qu'elle vous devient inutile après le succès. Uniquement occupé de votre nouveau goût, vous vous y livrez sans crainte, sans réserve: ce n'est pas à vous que sa durée importe.
En effet, ces liens réciproquement donnés et reçus, pour parler le jargon de l'amour, vous seul pouvez, à votre choix, les resserrer ou les rompre: heureuse encore, si dans votre légèreté, préfèrant le mystère à l'éclat, vous vous contentez d'un abandon humiliant, et ne faites pas de l'idole de la veille la victime du lendemain.
Mais qu'une femme infortunée sente la première le poids de sa chaîne, quels risques n'a-t-elle pas à courrir, si elle tente de s'y soustraire, si elle ose seulement la soulever? Ce n'est qu'en tremblant qu'elle tente d'éloigner d'elle l'homme que son coeur repousse avec effort. S'obstine-t-il à rester, ce qu'elle accordait à l'amour, il faut le livrer à la crainte: Ses bras s'ouvrent encor, quand son coeur est fermé.
Sa prudence doit dénouer avec adresse ces même liens que vous auriez rompus. A la merci de son ennemi, elle est sans ressource, s'il esr sans générosité: et comment en espérer de lui, lorsque si quelquefois on le loue d'en avoir, jamais on ne le blâme d'en manquer?
Sans doute, vous ne nierez pas ces vérités que leur évidence a rendues triviales. Si cependant vous m'avez vue, disposant des évènements et des opinions, faire de ces hommes si redoutables le jouet de mes caprices ou de mes fantaisies; ôter aux uns la volonté, aux autres la puissance de me nuire; si j'ai su tour à tour, et suivant mes goûts mobiles attacher à ma suite ou rejeter loin de moi Ces Tyrans détronés devenus mes esclaves si, au milieu de ces révolutions fréquentes, ma réputation s'est pourtant conservée pure; n'avez vous pas dû en conclure que, née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre, j'avais su me créer des moyens inconnus jusqu'à moi?"
Choderlos de Laclos -
Les Liaisons Dangereuses - lettre n°81 De la Marquise de Merteuil au Vicomte Valmont
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Elle veut crier sa liberté,
Revendiquer son libertinage.
Elle voudrait ne pas être qu'un demi être humain.
Elle voudrait pouvoir hurler qu'elle est amorale.
Elle voudrait pouvoir s'affranchir publiquement de ces moeurs respectables.
Elle voudrait être une coquine désinvolte
Elle aimerait imposer sa philosophie sensuelle et folichonne.
Mais ce carcan social lui a depuis longtemps passé la corde autour du cou.
Si elle a le malheur d'endosser son rôle publiquement
Elle est rejetée, reniée, répudiée, dénoncée...
Elle est obligée de mener une double vie,
D'être une prude et une putain voluptueuse.
Elle cache sa véritable nature,
N'osant crier son goût pour la chair
Et son dégoût pour la prière.
Elle se fait manipulatrice pour survivre,
Elle vit dans la tactique et la stratégie
Pour que jamais la putain ne soit démasquée.